coupe geol 50pc        Pour ceux qui s’intéressent à la géologie, comme toutes les carrières relativement récentes, La Troche offre l’occasion de découvrir une coupe plus ou moins profonde du sous-sol local. Les flancs de la dépression étant encore peu végétalisés, on peut y observer, sans aucune difficulté, les plus hautes des couches sédimentaires qui soutiennent le Plateau de Saclay.
    La coupe jointe schématise les divers étages depuis l’altitude de l’Yvette (55 m). De bas en haut  on trouve :
- Des couches de marnes imperméables dans lesquelles se creuse la rigole de l’Yvette.
- Au dessus, une soixantaine de mètres de sables de Fontainebleau déposée entre 35 et 23 Ma (million d’années) avant notre ère (le stampien, ère tertiaire) . C’est la plus grande épaisseur de cette formation dans le Gâtinais et le Hurepoix. Les sables n’étant pas imperméables, les eaux d’infiltration percolent facilement à travers et s’accumulent sur les marnes, donnant de nombreuses petites sources locales au bas des coteaux. Elles rejoignaient l’Yvette.
- une strate de grès, d’environ 5,5 m d’épaisseur à La Troche . On la retrouve à la même altitude, des deux cotés de la vallée au niveau d’Orsay / Palaiseau au nord et Courtaboeuf au sud (ancienne carrière du Bois Persan). Sa surface présente un relief de « vagues de grès » peu courant.
- Une couche d’argile à Meulière (du Hurepoix) de 8 m d’épaisseur environ dont sa partie supérieure (30 à 50 cm) est mélangée avec des « sables de Lozère » (du nom d’un quartier de Palaiseau). Ce sont de petits gravillons de quartz, cristallins et aux arêtes arrondies, provenant du massif central, qui ont été déposés il y a 2 à 3 Ma, au tout au début du quaternaire.
- Pour finir, une couche de limon, peu épaisse au dessus de la carrière.

    Dans la dépression de la carrière, le toit des sables (alt 145 m environ), le banc de grès, l’argile et la meulière sont immédiatement identifiables. Il faut être plus attentif pour découvrir les sables de Lozère mélangés à l’argile quelques dizaines de dm sous  le sommet.
    La position des blocs de meulières (type caverneuse) bien visibles, montre que ces roches se sont formées dans l’argile en place (échange entre le calcaire présent initialement dans cette couche et la silice et/ou dégradation directe in situ de l’argile, ceci dans un milieu très humide pour permettre la mobilité de la silice). Formée au quaternaire, c’est la roche la plus récente du Bassin parisien. Juste derrière le départ du circuit Jaune, le contact entre grès, sable et argile (avec quelques morceaux de meulière) est parfaitement observable à la suite de la chute d’un arbre.

    Le grès provient de la cimentation de la partie haute de la couche sableuse par de la silice dissoute (provenant de ce même sable) puis redéposée à la suite du battement de la nappe phréatique locale. Ici la cimentation à été notable ce qui donne une roche plus compacte, le grès Vif des carriers, que celle observable à Bleau. Les grains étant beaucoup plus enrobés par le ciment, la surface est assez lisse , l’adhérence est moins bonne, mais les pavés retirés de la carrière étaient plus résistants, et de meilleure qualité et plus étanches que ceux extraits dans la Forêt de Fontainebleau.
    L’ensemble du banc présente une cimentation affirmée, très  homogène, sauf en un point, sous les n° 3 et 4 jaune (départ de Scolopendre et Scoliose) où l’on trouve un grès « pouf » bien connu et peu apprécié par les bleausards.
    Les habitués des carrières bellifontaines, ou essonniennes du sud du département, remarqueront qu’il n’y a aucune trace de « boites à coin » qui servaient, il y a plus de 150 ans, à fendre le banc avant de le débiter.
    Peut-être ont-ils été utilisés au début de l’exploitation du banc (1852) ; ils ont été remplacés au XXe siècle, avant l’arrêt de l’exploitation en 1937, par des perforatrices mécaniques (pour forer les trous, ressemblant à ceux réalisés avec une barre à mine et dont quelques traces sont encore bien visibles : cf. 23 rouge, Baraminas Rectis) et explosifs pour détacher de très importantes parties du banc de grès. Ces masses très importantes étaient ensuite débitées de la même manière que précédemment mais avec des poinçons « mécaniques » moins longs en créant des lignes de rupture par alignement de trous proches. Il en reste un bel exemple avec un poinçon en place et  (vertèbre axis ; n°24 jaune et 11 bleu). Les pavés étaient ensuite débités et taillés classiquement « à la main »..

    La constatation que la carrière, dans sa progression, s’est comme « enfoncée » dans le plateau provient sûrement de ce que les carriers, fins observateurs et très intéressés, au lieu de rester sur le bord du plateau comme en d’autres endroits où il n’existe pas de point de faiblesse préférentiel, suivaient les lignes de diaclases ou fissures préexistantes du banc de grès. Cela leur facilitait l’amorce du travail de débitage. Cette direction (environ N 115), celle que l’on retrouve à quelques degrés près dans les alignements gréseux bellifontains, démontre que ce petit coin essonnien fait partie d’un ensemble régional beaucoup plus vaste, comme par exemple le banc de grès, qui surplombe la vallée de la Mérantaise, situé dans même alignement mais 10 Km plus à l’ouest (même qualité de grès, en encore plus cimenté ; vif de chez vif ! ).
    Réponse à une dernière question : où est passée la meulière qui, avec l’argile, a été dégagée pour atteindre la couche de grès ? Réponse : observez les maisons du voisinage.

    Oleg S.
    14/2/13.

    Pour en savoir plus sur le Bassin Parisien, les origines et les évolutions des couches évoquées plus haut, les rapports avec le socle de la Forêt de Fontainebleau, la consultation du guide géologique « le Bassin de Paris » (Masson) vous donnera une approche très précise qui sera avantageusement soutenue, plus globalement, par celle du livre de Charles Pomerol «Découverte géologique de Paris et de l’Ile-de-France » (éditions du BRGM ) qui est l’un des ouvrages de référence à ce sujet.