Une dizaine d'année après la création par F. Bernick des deux premiers circuits de Bleau (rouge et jaune du Rempart du Cuvier) Maurice Martin réalise un "monument historique" : le "Mauve de la Dame Jeanne". Comme pour les précédents le circuit est décrit en détail à la façon des topos d'alpinisme de l'époque. Quel plaisir de lire ce texte quand on connait les lieux : on revit les passages (qu'on n'a éventuellement pas faits depuis longtemps).
Il se trouve que la seule photo qui illustre l'article est celle de "La Tranche de Gruyère", bloc qui s'est écroulé en 1966, tuant trois jeunes malheureux qui bivouaquaient au pied. Depuis, l'érosion a progressivement déterioré le site, entrainant la mise en défens de plusieurs zones du circuit. Une partie du bloc des "Poignées de métro" s'est écroulée, le bloc des "Tripes à Géo" bascule lentement et ce qui était une dalle agréable est devenu un mur raide difficile... en défens!
Malgré tout il existe encore des adeptes de l'enchainement qui parcourent le circuit, des amoureux des lieux qui nettoient par ci par là, repeignent quelques flèches. La question d'un entretien complet et d'une refonte évitant les problèmes d'érosion est de temps en temps évoquée... sans résultat concret actuellement.
On notera que M. Martin utilise (inaugure?) un terme en vogue de nos jours : "Le Porte à Porte"!

 

Article de Maurice MARTIN publié dans Paris-Chamonix n° 57 d'avril 1958

Il est un fait que les « circuits » ont bouleversé l'escalade à Bleau; les « jeunes » grimpeurs – ceux qui ne pratiquent l'escalade que depuis une dizaine d'années –, ignorent-ils que cette création des circuits est assez récente ? C'est seulement en 1947 que le premier circuit fut tracé « le Rouge du Cuvier » d'ailleurs suivi très vite dans le même massif du « Jaune ». Ce n'est pas à dire que l'on ne pratique plus « le porte à porte » – escalade de blocs sans chercher de liaison entre ceux-ci — loin de là, mais il faut bien reconnaître que les circuits attirent une grande partie des grimpeurs des années 50. L'apparition de circuits dans la plupart des massifs étant d'ailleurs propice à cette faveur : ainsi le « Rouge » le « Bleu », le « Vert », le « Fraise Ecrasée » d'Apremont (ce massif pratiquement inconnu avant les circuits), ainsi le « Rouge » et le « Jaune » de Malesherbes , le « Rouge » du Puiselet ; le « Bleu » de Franchard » , le « Jaune » du 95.2 dans les Trois Pignons , le « Rouge » de l'Éléphant, etc...
A la lecture de cette énumération l'on pourrait à bon droit, s'étonner qu'un des groupes les plus importants de Bleau, par surcroît favorable aux circuits par l'abondance des chaos rocheux: la Dame Jeanne, ait échappé à cette mode. Tel d'ailleurs n'est pas le cas, dès 1948 quelques habitués de ce massif « tracèrent » un circuit « le Mauve de la DJ »; mais par suite d'un marquage très déficient, les repères – en nombre très restreint — disparurent très vite, de plus probablement par paresse l'on s'était souvent contenté de placer dans le circuit quelques classiques sans les relier vraiment par une suite d'escalade et les parties « vides » eurent tôt fait de détruire tout crédit au Mauve et il tomba pratiquement dans l'oubli. A l'occasion de l'étude des rochers de ce groupe nécessitée par la réédition du topo guide du massif, nous décidâmes avec quelques camarades de reprendre l'idée et aujourd'hui le Mauve de la DJ est bouclé.

CARACTÉRISTIQUES

Fred Bernick présente dans cet article les premiers circuits fléchés à Bleau, qu'il a tracés au printemps 1947. Il mentionne la pratique antérieure d'un circuit "virtuel" dans le même massif : "La Traversée du Cuvier". Ce qu'il appelle "Le Circuit du Rempart" se compose en fait de deux boucles "La Rouge" et "La Jaune". L'objectif est clairement un entrainement pour la montagne.

La description détaillée des boucles ressemble à la description des courses en montagne comme dans les fameux "Guides Vallot" pour le Massif du Mont-Blanc. Les lettres ("S", "P", etc.) font références aux signes peints sur le circuit forestier bleu "Dennecourt". La densité du chaos permet d'établir une stricte règle du jeu consistant à ne jamais mettre pied à terre ce qui impose à l'occasion des sauts plus ou moins agréables. Un gros avantage en résulte : il suffit de nettoyer une fois ses semelles au départ... en tout cas à l'époque ou le couvert végétal moins dense associé à une fréquentation régulière assurait une propreté de l'ensemble des blocs. Hélas, souvent il s'agissait de semelles "Vibram" et une sévère patine est apparue au fil des années. Par ailleurs, l'usage du crash-pad, apparu beaucoup plus tard, n'est vraiment pas approprié. Par ce fait et vu l'engagement d'un certain nombre de blocs et leur usure, ces circuits ne sont presque plus parcourus (malgré un rafraichissement récent, conservant les couleurs "historiques"). Le lichen pousse et le cercle vicieux de la faible fréquentation se met en place.
Il est dommage que ces pistes soient ignorées aujourd’hui de la majorité des grimpeurs, y compris des plus anciens,  alors que dans les années cinquante les plus grands les parcouraient fréquemment afin de se préparer aux grandes aventures alpines.

En fin de l'article on a ajouté un texte paru dans le numéro d'octobre 1947 annonçant une variante permettant d'éviter la "Dalle Cassée" trop morpholoqique!

Article publié dans Paris-Chamonix n°6 de juin 1947


couv 200Par la nature de sa constitution géologique, entraînant une difficulté technique sans égale en France et sans doute au monde, Fontainebleau constitue la plus poussée et la plus pure des Ecoles d'Escalade. On peut, par contre, lui adresser un reproche sérieux, c'est le défaut total de voies d'une longueur suffisante pour offrir une variété et une continuité d'effort comparables à celles d'une ascension en haute montagne.
Isolément, chaque voie peut s'assimiler à un passage de montagne ; ce qui manque, c'est la liaison entre les passages, cet enchaînement d'écarts, de tractions, d'élans, de poussées, de sauts, qui oblige l'alpiniste à un travail musculaire soutenu. Or l'escalade se pratique, à Bleau, sur un mode bien différent : chacun grimpe à son tour pendant que les autres conseillent, admirent ou critiquent, puis quand tous ont réussi la voie — ou échoué — l'on se transporte au pied d'un autre rocher où la séance continue suivant le même rythme.

Depuis de très nombreuses années et sans y voir autre chose qu'un jeu, les grimpeurs bleausards effectuaient de temps à autre la « Traversée du Cuvier », exercice consistant à escalader de suite, en sautant d'un bloc à l'autre, les voies échelonnées dans le groupe du Rempart entre l'S et la Johannis. Cette traversée était un peu courte, d'où l'idée, d'abord de l'allonger, ensuite de réaliser à travers le massif un véritable circuit empruntant la majeure partie des voies classiques, réunies entre elles par des passages de difficulté variable habituellement délaissés pour des morceaux plus connus et plus honorables.

Article publié dans Paris-Chamonix n26 de décembre 51

LES TOPOS-GUIDES D’ESCALADE (1951)

par
Jean BOURGOUIN et Maurice MARTIN

A la fin de l'année 1951, ce que l'on peut appeler le « gros-œuvre » des topos-guides des rochers d'escalade de la région parisienne sera terminé.
Les livrets n° 5, 6, 7 et 8, concernant les groupes Puiselet, Éléphant, Dame Jeanne, Malesherbes, sont parus avant l'été, ainsi que le guide du Saussois. Les livrets n°1 et 2, d'une part, et 3 et 4, d'autre part, concernant le premier le Cuvier du Carrefour de l'Epine à la Wherlin, le deuxième le Cuvier de l'Aérolithe, Rempart, Merveille à la Petite Meije, sortiront début Janvier prochain. Enfin, un livret n° 9 sur le groupe de Franchard, suivra.


Les principaux groupes terminés (ce que nous avons appelé le gros œuvre), il restera les groupes secondaires (Chamarande, Sanglier, Padole, etc...), qui, exigeant un travail moins important, pourront sortir au printemps 1952.
L'idée des topos-guides de Bleau n'est pas nouvelle et voilà plus de dix ans que les premiers essais ont été faits; la tâche n'était pas facile et demandait la mise au point d'une formule spéciale. Il ne pouvait s'agir en effet de donner une description écrite de chaque voie, de même qu'il était impossible de faire un croquis en « élévation », non seulement de chaque rocher, mais aussi de chaque face de rocher (un essai dans ce sens fait en 1947 pour le Groupe de la Dame-Jeanne n'avait pas été satisfaisant).
Ce sont nos collègues Bernick et Vincent, en 1938-1941, qui mirent au point la méthode adoptée maintenant : un plan au sol des rochers (comme s'ils étaient vus d'avion) et une flèche donnant par son tracé l'indication du déroulement de chaque voie. Ils commencèrent ainsi à relever quelques groupes de rochers peu connus : le Rocher Canon, les Rochers de Recloses, puis entamèrent le secteur Mummery-Wherlin. Mais la méthode de travail adoptée de relevé à « la planchette », précise et certes bien meilleure que celle que nous suivons à l'heure actuelle du relevé « au pas », demandant beaucoup de temps, ne leur permit pas de poursuivre ces essais.
En 1945, Maurice Martin reprit l'idée, d'abord avec Francis Dagory et Roland Truffaut, puis avec Jacques Chobeaux et Jean Fourmont, et ainsi virent le jour les relevés de 7 ou 8 groupes de rochers.

Ci-dessous quelques images de ces topos... qui se sont fatigués en allant sur le terrain!

 

La section de PARIS du Club Alpin Français (CAF) a publié en avril 1946 le n°1 d'une "nouvelle série" de sa revue.dont la parution avait cessé pendant la guerre. Cette revue est une mine de renseignements sur l'histoire de l'escalade à Bleau.

On a choisi ici de reproduire l'article de Maurice Martin sur les Trois Pignons publié dans les pagesc 9 à 16 du n°9 de février 1948.

En dehors de l'intérêt du texte, on y trouve quatre schémas intitulés

  • Rochers de la Mée
  • Rochers des Drei Zinnen
  • Rocher Fin
  • Rochers de 91-1

Le premier couvre en fait le massif du Diplodocus.

Pour le "Diplo" et le "Rocher Fin" on retrouve facilement de quels blocs il s'agit car les noms de blocs sont encore en usage aujourd'hui. Pour les "Drei Zinnen" la configurations des trois blocs majeurs est facilement identifiable bien que les noms donnés à l'époque n'aient apparemment pas été conservés.

Pour le 91.1 ça semble moins clair et nous serions très intéressés de connaître différents avis sur ce schéma à "élucider". C'est aussi une occasion d'afficher un autre schéma ancien du massif qui décrit un circuit dans le secteur de la "Cathédrale" le grand bloc vers les départs actuels des circuits jaune, orange et rouge.

 

ESCALADE ET TROIS PIGNONS par Maurice Martin

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